La rivière Manzanares a le privilège de traverser la capitale. En nous promenant au gré de son cours, nous pourrons découvrir d'autres agglomérations, sur les rives des retenues de Grajal, de Navacerrada, de Miraflores et de la grande retenue de Manzanares el Real. Nous visiterons ces barrages ainsi que les forêts et les plus hauts sommets de la sierra en nous rendant à la station de ski du col de Navacerrada et à La Morcuera. En chemin, nous ferons une petite halte à La Pedriza, réserve de biosphère se situant au coeur du parc régional du bassin supérieur de la rivière Manzanares (Parque Regional de la Cuenca Alta del Manzanares).
Cette route part de la capitale et s'étend sur 167 kilomètres. Il est donc possible de réaliser ce parcours en deux jours. Toutefois, si vous souhaitez ne rien perdre du charme des communes de cette route et de la beauté du paysage, nous vous conseillons d'étaler un peu plus votre visite dans le temps. Pour ce faire, il vous est possbile de passer la nuit à Navacerrada ou à Manzanares el Real. Et pour reprendre des forces, un large éventail de spécialités culinaires locales vous sera proposé, où que vous alliez. Alors, en route !
Située à quelque 30 kilomètres de la capitale, Colmenar Viejo est l'une des principales communes de la région. Son importance remonte à sa fondation, lorsque des bergers originaires de Ségovie sont venus s'y établir car ils voyaient en Colmenar l'endroit parfait pour alimenter leurs grands troupeaux du fait de ses vastes pâturages. Sa situation privilégiée et la richesse de ses terres ont fait d'elle l'une des agglomérations les plus peuplées de la communauté au XVIème siècle. Il en est toujours ainsi à l'heure actuelle.
Encore aujourdh'hui, Colmenar Viejo ne cesse de croître et ses nouvelles constructions mêlent le style rural et moderne à la fois. Toutefois, le vieux Colmenar conserve des constructions anciennes, typiques de la montagne. En vous y promenant, vous pourrez découvrir sa mairie, sur la jolie Plaza de la Constitución, relativement récente et de belle facture. Tout près, dans la calle del Cura, vous marcherez sur les traces du passé viticole de la ville. Vous pourrez visiter une cave restaurée et découvrir son superbe pressoir, dont la poutre en bois mesure 12 mètres de long.
Mais, parmi ses plus beaux édifices, il convient de citer l'église Nuestra Señora de la Asunción. Construite entre le XIVème et le XVIème siècles, elle compte trois portails, le plus important, oeuvre de sculpteurs de l'école de Juan Guas, se situant au nord. Elle se compose de trois nefs couvertes de voûtes d'arêtes et d'une somptueuse tour de 50 mètres de haut, semblable à celle de l'église de Torrelaguna. Cette église en granit renferme en son sein l'un des plus beaux retables de la Communauté de Madrid, datant du XVIème siècle.
Mais
Colmenar compte d'autres temples tout aussi dignes d'intérêt, comme la chapelle
de San Francisco, l'ermitage de Santa Ana ou l'ermitage de Nuestra Señora de los
Remedios, la patronne de la localité, qui se trouve aux abords de la commune. Ne
manquez pas non plus de visiter les arènes,
qui se classent en deuxième position en termes d'importance dans la contrée derrière
Las Ventas. La tauromachie est en effet une tradition bien ancrée à Colmenar Viejo.
Les environs de Colmenar recèlent eux aussi de nombreuses surprises. Étant donnée sa proximité avec la capitale, de nombreux ouvrages destinés à l'approvisionnement de cette dernière en eau et appartenant à l'organisme en charge de cette tâche, Canal de Isabel II, jalonnent son territoire. C'est le cas, par exemple, de l'aqueduc de la Sima, composé de sept arches en plein cintre, de celui de Colmenarejo, de très grande taille, ou encore, de ceux de Valcaliente et de Cerrillo.
Non loin, sur la route menant à Hoyo del Manzanares, vous pourrez faire une halte à la retenue d'El Grajal. Sur le chemin, vous pourrez également admirer le pont médiéval du même nom, à une seule arche et très bien conservé. L'espace de détente aménagé sur les rives la retenue vous permettra de vous reposer un peu et de reprendre des forces avant de poursuivre votre route.
Nous
laissons à présent Colmenar Viejo derrière nous et prenons la direction Cerceda
en traversant le Parc
régional du bassin supérieur de la rivière Manzanares.
Ce
parc, créé en 1985, s'étend sur plus de 50 000 hectares et est entouré des communes
qui ponctuent cet itinéraire. Le parc est traversé du nord au sud par un ensemble
de sommets, la Cuerda Larga de Guadarrama, qui partent de La Morcuera et s'étendent
jusqu'au col de Navacerrada ; il s'agit de l'un des parcours les plus prisés des
alpinistes madrilènes. Au centre se trouvre
La
Pedriza,
déclarée réserve
de biosphère,
vers laquelle nous reviendrons un peu plus tard pour la découvrir plus en profondeur.
Pour le moment, traversons le parc en direction de Cerceda.
Le petit village de Cerceda forme aux côtés de Mataelpino et d'El Boalo une seule commune prenant le nom de ce dernier. Quelques kilomètres les séparent les uns des autres. Nous commencerons donc par visiter Cerceda, puis nous descendrons le col de Navacerra pour visiter ensuite les deux autres villages composant cette commune.
Cerceda compte plus d'habitants que les deux autres. Son église, Santa María la Blanca, du XVIème siècle, se dresse au coeur de son petit centre historique. Ce temple, surmonté d'un très beau campanile, est un clair exemple du style gothique typique d'Ávila.
Au départ de Cerceda, il existe plusieurs sentiers menant à Mataelpino ou à El Boalo à travers les magnifiques étendues du parc. Profitez-en pour admirer toute la splendeur de ce site. Aux abords du village, vous pouvez également visiter la grotte de La Calera.
Becerril
de la Sierra est une petite bourgade qui, comme l'indique son nom, est juchée sur
les hauteurs de la sierra madrilène, non loin du col
de Navacerrada.
Son
architecture mêle les constructions anciennes et récentes, ces dernières faisant
souvent office de résidences secondaires des madrilènes qui n'ont pas su résisté
au charme de ces lieux.
L'église de Becerril, San Andrés Apóstol, date du XVIIème siècle. Elle a appartenu aux ducs de l'Infantado, une noble famille de l'époque. Le village compte une autre église plus récente : l'église Nuestra Señora del Valle.
Tout le charme de cette localité réside dans sa situation privilégiée, au coeur d'un paysage sans pareil, à proximité de la retenue de Navacerrada et du col du même nom. Plusieurs sentiers de randonnée pouvant être parcourus à pied ou à vélo partent d'El Becerril. Certains exigent cependant d'avoir une bonne condition physique et l'habitude de marcher en montagne parmi les rochers escarpés.
Si vous venez en hiver, n'oubliez pas d'emporter des vêtements chauds ainsi que des chaînes pour votre véhicule. Quant aux skieurs, c'est à Navacerrada, prochaine étape du parcours, qu'ils trouveront leur bonheur.
En
plus de figurer parmi les destinations les plus prisées des passionnés de
sports
d'hiver,
Navacerrada peut se vanter de proposer de nombreuses activités de loisirs tout au
long de l'année. La petite commune qui lui donne son nom compte de nombreux restaurants
et de nombreuses auberges où se détendre en savourant un bon dîner. Le vieux Navacerrada
conserve encore des maisons à l'architecture traditionnelle et compte deux églises,
celle de la Natividad étant la plus importante.
Non loin, en direction du col, s'étend la retenue de Navacerrada, un énorme lac comptant près de cinq kilomètres de rives. La pêche à la truite y est autorisée, notamment dans la réserve aménagée à cet effet et gérée par la Communauté de Madrid.
Le col de Navacerrada accueille en son sommet l'une des plus grandes stations de ski de l'ensemble du Système Central. Elle se compose de deux parties : une partie située sur les hauteurs pour les plus skieurs confirmés et une partie située en contrebas, comptant des pistes destinées aux débutants et aux skieurs légèrement plus expérimentés, dont certaines sont parsemées de pins. La station compte 16 pistes au total et ses remontées mécaniques peuvent transporter quelque 9 200 personnes/heure. Si vous réalisez cette route en hiver, n'oubliez pas vos skis !
Nous laissons le col derrière nous et poursuivons notre visite en direction des deux autres villages qui, aux côtés de Cerceda, composent la commune d'El Boalo.
Commençons
par Mataelpino. Son église est dédiée à la patronne du village, Santa Águeda.
Il existe au départ de ce village un petit sentier qui mène au mirador
de la Ponzonilla,
situé à près de 1 200 mètres d'altitude et offrant une vue absolument imprenable
sur le somptueux parc du bassin supérieur de la rivière Manzanares.
À El Boalo, ne manquez pas de visiter l'ermitage de San Isidro Labrador (saint Isidore le Laboureur), situé sur le flanc de la sierra de los Porrones. Le 15 mai a lieu la fête en l'honneur du saint, patron des agriculteurs et des éleveurs. Celle-ci se tient au coeur d'un espace de loisirs et réunit tous les habitants du village et des environs.
Nous abandonnons maintenant cette petite localité en direction de notre prochaine destination : Manzanares el Real. En route, vous commencerez à apercevoir sur les hauteurs d'imposantes formations rocheuses qui donnent leur nom à La Pedriza ("terrain rocailleux"), et qui nous accompagneront tout au long de notre parcours jusqu'à notre prochain arrêt.
Entourée
des formations granitiques de La Pedriza, Manzanares el Real est l'une des villes
les plus symboliques de la Communauté autonome de Madrid. Comme Colmenar Viejo,
Manzanares a été fondée par des bergers originaires de Ségovie. Alphonse XI a
ensuite cédé les terres de Manzanares à son majordome major, Pedro González de
Mendoza, qui y a fait construire un somptueux château : le château
de Manzanares.
Manzanares el Real compte en fait deux châteaux : le vieux château et le château neuf, bien que plus très neuf en réalité puisqu'il date du XVIème siècle. Du vieux château, situé à l'entrée de la ville, il ne subsite que quelques vestiges. Ce dernier était plutôt destiné à la défense de la cité et ne faisait par conséquent pas réellement office de résidence, fonction que viendrait ensuite remplir le château neuf. Le château de Manzanares a été construit sur l'emplacement d'une tour de guet et d'un ermitage mêlant les styles roman et mudéjar, l'ermitage Santa María de la Nava. De fait, le château conserve encore l'abside de ce dernier.
Son enceinte quadrangulaire est flanquée de trois tours rondes et d'une quatrième tour de plus grande taille, le donjon. Construit sur ordre du premier duc de l'Infantado, Diego López de Mendoza, il a brièvement servi de résidence à cette famille, qui a par la suite décidé de le céder à la Communauté autonome de Madrid pour une période de soixante ans. La visite de cette enceinte très bien conservée et renfermant une somptueuse collection de tapisseries s'avère absolument incontournable.
Mais ce monument n'est pas le seul qui vaille le coup d'oeil. Il convient de visiter également l'ermitage de Nuestra Señora de Peña Sacra qui se dresse au sommet d'un imposant rocher de près de 70 mètres de haut et qui offre une vue imprenable sur l'ensemble de la ville.
À
proximité de cette ville, vous pourrez découvrir deux sites dignes d'intérêt
au coeur de la nature : La Pedriza et la retenue
de Santillana.
Celle-ci, gérée par l'organisme Canal de Isabel II, a été agrandie en vue de
doubler sa capacité. Cette retenue comptant quelque 30 kilomètres de rives conserve
encore du premier barrage une magnifique tour néogohtique.
La Pedriza de Manzanares est sans nul doute l'un des principaux attraits de la contrée. Il s'agit en effet de l'une des destinations les plus prisées des amoureux de la nature et des passionnés de sport en montagne dans la région. Ses énormes masses de pierre, ses multiples recoins et cours d'eau inextricables et ses prairies apparaissant subitement au milieu de nulle part, comme par magie, ont fait de ce lieu un espace où réalité et légende se retrouvent étroitement mêlées . Nombreuses sont les histoires qui racontent que son dédale de chemins sinueux et escarpés en a fait par le passé un repaire de brigands qui venaient s'y cacher et y commettre ou brouiller les traces de leurs méfaits.
Casiano
de Prado, le premier homme a être parvenu sur ses hauteurs en 1864, l'a divisée
en trois parties : La Pedriza avant, La Pedriza arrière et l'Alcornocal, cette dernière
étant la plus petite et la plus proche de Manzanares. L'"autoroute de
La
Pedriza" passe
par le pont de Prado Peluca et mène à Canto Cochino. Elle permet de s'aventurer
sur 50 itinéraires différents afin de parcourir tous ses rochers, dont certains
portent un nom tout à fait singulier : el Yelmo (l'heaume), la Vela (la bougie),
la Foca (le phoque), la Tortuga (la tortue), la peña del Indio (le rocher de l'indien),
etc. Si vous souhaitez pénétrer au coeur de ce site mais que vous ne connaissez
pas bien le coin, vous trouverez dans les communes situées à proximité de nombreux
guides de montagnes qui seront heureux de vous accompagner sur les itinéraires de
votre choix.
La
fin de la route approche. Mais avant de rejoindre le col de La Morcuera, visitons
encore deux petites villes dignes d'intérêt. La première, Soto del Real, conserve
peu de traces de son ancien nom,
"Chozas
de la Sierra" (chaumières de la sierra).
En
effet, nombreux sont les madrilènes qui, voulant fuir
le stress de la capitale, y
ont bâti leur résidence secondaire. Soto del Real compte donc à présent, à l'image
d'autres communes de la sierra, de nombreuses constructions récentes.
Veillez à ne pas repartir sans avoir visité l'église de la Inmaculada Concepción, du XVIème siècle. Son superbe campanile date de plus longtemps encore puisqu'il appartenait en réalité au temple précédent. Aux abords de la commune, vous pourrez traverser le ruisseau de la Chozas sur un charmant petit pont médiéval. Non loin, vous pourrez également admirer le viaduc de los Once Ojos, permettant de rejoindre la vallée de Miraflores en train.
Un espace de loisirs, celui d'Arroyo Mediano, s'étend à proximité et permet aux visiteurs de profiter d'une belle journée à la campagne. La localité compte par ailleurs plusieurs centres équestres organisant des randonnées à cheval dans les environs de Soto del Real.
La
dernière étape de notre route nous conduit à Miraflores de la Sierra, au pied
du pic de La Morcuera. Jusqu'au XVIIème siècle, elle était connue sous le nom
de Porquerizas (porcheries). D'après les historiens, c'est à l'épouse de Philippe
IV que l'on doit son nouveau nom. En effet, cette dernière aurait insisté sur le
fait que l'ancien ne reflétait en rien la réalité et la
beauté
sans pareille des
alentours. En ce qui concerne l'architecture civile, les jolies villas, de différents
styles et donnant un certain charme à la localité, se sont substituées aux constructions
d'origine.
Parmi les nombreux personnages illustres qui y ont longuement séjourné, il convient de citer Manuel Azaña, qui aimait se promener dans ses monts, ou le prix Nobel de littérature Vicente Aleixandre.
À Miraflores, vous pourrez visiter l'église de la Asunción, datant du XVIème siècle, et différents ermitages encore sur pied, comme celui Santo Tomé, celui de San Sebastián, celui de Nuestra Señora de la Paz, ou encore, celui de San Blas. Ce dernier a donné naissance à une légende très curieuse. L'ermitage de San Blas se situe près de Miraflores. On dit que cette zone comptait jadis un petit hameau appelé "San Blas". Un jour de fête, un gecko tomba dans une marmite et tout le village mourut empoisonné. Depuis ce jour, plus personne n'a voulu y élire domicile. L'ermitage demeure toutefois à sa place, témoin muet de ces faits... mais étaient-ils bien réels?
Aux abords de Miraflores, deux options vous permettent d'être au contact de la nature : la retenue de Miraflores et l'ascension au col de La Morcuera ; si vous aimez la randonnée et l'escalade, c'est un défi que vous ne pouvez pas manquer de relever !
Distance depuis Madrid : 167 km
Longueur du trajet : 75 km
Durée : 2/3 jours
Pour une visite : entre amis/en couple